Entretien avec Frederic Bezies

J’avais l’idée de cette nouvelle rubrique d’entretiens depuis la création du blog pour vous permettre de connaitre davantage des personnes de différents horizons comme la littérature , l’informatique , la musique, les médias etc…Une rubrique qui reviendra régulièrement et pour laquelle je vais m’appliquer à trouver son rythme de croisière.

J’ai souhaité que Frédéric Bezies inaugure cette nouvelle rubrique car c’est grâce à ses pages que Destination Passions est né. Qu’il en soit remercié pour le temps passé à répondre à ces questions.

Bonne lecture !

1) Pour ceux et celles connaissant peu ou pas complètement ton parcours web, peux-tu nous le retracer ?

Par où commencer ? Je suis un « vieil internaute français ». J’ai commencé par le service en ligne AOL en août 1997, puis je suis arrivé sur le vrai internet, avec Club-Internet en janvier 1998. Free en 1999 en accès libre, puis en forfait 50 heures (que j’explosais largement).Pour jouer l’ancêtre, je peux dire que j’ai connu l’époque des modems RTC qui faisaient un boucan d’enfer, les premiers Internet Explorer (le 2, puis le 3), Netscape à l’époque de sa version 3.x. Et puis l’ancêtre de Mozilla Firefox, un machin qui s’appelait Mozilla M15 vers le milieu de l’an 2000.

2) Comment as-tu vécu l’évolution de ton blog au cours des années tant d’un point de vu contenu que lectorat ? Quel bilan en fais-tu ? Et quelle vision en as-tu pour l’avenir ?

En terme de contenu ? Une grande amélioration, une »professionnalisation », et surtout une tendance à m’adoucir avec le temps. Côté lectorat, il est monté très lentement en puissance. Avec en gros 1000 à 1500 pages vues par jours, dont la moitié sont des humains, je ne me prétends pas être un « blogueur influent ». Juste un blogueur qui essaye de fidéliser son petit groupe de lecteur, et de l’augmenter lentement mais surement.
Pour le bilan ? Celui d’un accroc au blog au sens noble du terme. Même si les blogs sont passés de mode avec les réseaux sociaux, il reste pour moi une source d’information assez importante.
L’avenir ? Prête-moi ta boule de cristal et je te dirais !

3) C’est l’occasion de parler du libre , racontes-nous quand et pourquoi ta conversion au libre ?

Tu as combien de temps devant toi ? Ma première rencontre avec le libre, c’était quand j’utilisais un « sasfépu » (ordinateur qui n’est plus fabriqué) du nom d’Amiga 1200.
C’était en 1994, quand j’achetais des disquettes par dizaines pour avoir de la nouveauté à me mettre sous la dent. Certains logiciels étaient fournis avec un drôle de texte, qui s’appelait « GNU General Public Licence V2 ». J’avoue que je n’y comprenais rien. Et deux ans plus tard, j’ai entendu d’un système d’exploitation qui s’appellait Linux via un magazine papier défunt, PC Team. Avec le numéro 9 du magazine, il y avait une distribution (j’ai appris ce que ce terme voulait dire plus tard) Slackware de l’époque. Assez rudimentaire, et même si un système Unix m’apparaissait comme quelque chose de bizarre et d’austère par rapport au Microsoft Windows de l’époque, à savoir MS-Windows 95, ma curiosité a été piquée. Au fil des années, j’ai testé toutes les distributions qui me passaient par la main. Et sur les surpuissantes machines de l’époque (du 486 au Pentium 4), il fallait mettre les mains dans le cambouis.Ce qui a été formateur. J’ai connu Mandrake (devenu Mandriva Linux),la Red Hat Linux (devenu Fedora Linux), et beaucoup d’autres distributions.
Ma conversion a été définitive après une année sur MacOS-X. En 2006, j’ai utilisé la ubuntu 6.06, et ensuite, j’ai migré vers 2008-2009 sur Archlinux, une distribution pour les barbus. Et comme on le voit sur la photo, je suis barbu, avec des lunettes, le geek typique.
Pourquoi le libre ? Au début pour son coût, mais ensuite pour son éthique, et la possibilité de se rendre utile sans avoir besoin d’être un monstre en programmation. Traduire des documentations est un moyen de ne pas rester inactif. Et c’est ce que j’aime dans la communauté du libre : le partage.

4) La blogosphère a su se développer et se rendre utile , quel regard portes-tu sur cette évolution ?

Une évolution qui était nécessaire. Et qui a permis à la blogosphère de devenir mâture. Malheureusement, une certaine commercialisation de la blogosphère a été son corolaire. Et il est déconseillé d’aller sur certains sites de blogueurs influents sans bloqueur de pubs, sous peine de se retrouver avec un mal de crâne tant la publicité est omniprésente et attaque l’œil 😦

5) D’autres projets web ou non à venir ? Peux-tu nous en glisser quelques détails si oui sans gâcher la surprise ?

Aucun projet web pour le moment. Mon blog m’occupe une dizaine d’heures par semaine, entre la recherche d’idée, la rédaction d’articles, la capture vidéo (si nécessaire), ce qui me suffit largement !

6) Le web a des avantages et des inconvénients de par les contenus ,évolutions, attitudes, technologies mais reste très riche…..peux-tu en faire ton propre bilan et expliquer ce que tu pressens pour l’avenir d’internet ?

Mon propre bilan ? L’internet, dont le web n’est que la partie la plus visible, en 16 ans a changé du tout au tout. Que ce soit en terme de vitesse d’accès qu’en terme de contenu disponible.
Les points forts : c’est que le web sait se réinventer, et affronter les attaques qui cherchent à l’amoindrir. Quand j’ai commencé l’internet, on ne jurait que par les fournisseurs de service en ligne comme AOL, Compuserve et feu The Microsoft Network. Même l’attaque des réseaux sociaux, que ce soit le géant aux pieds d’argiles qu’est Facebook ne l’a pas encore tué.
Les points faibles ? Sa dépendance sur certaines technologies non-ouvertes : Flash étant son meilleur exemple.
L’avenir d’internet ? C’est celui que les internautes créeront. Et sans m’avancer outre mesure, les réseaux sociaux seront bientôt « has-been ». Pas demain, mais dans deux ou trois ans, Facebook, Google+ ou encore MySpace (s’il existe encore) auront perdu pas mal d’audience.

7) Je sais que tu es passionné de musique , peux-tu nous en parler ?

Vaste sujet. Pour moi, la musique, c’est une passion, un amour. Je peux écouter dans la journée jusqu’à 4 heures. C’est ma compagne dans la vie quotidienne. Sans elle, je serais malheureux comme les pierres.C’est une drogue, un besoin vital. Un besoin assez onéreux, car je dépense parfois 70 € dans un mois pour acheter des nouveautés. J’avoue que des sites comme Jamendo ou encore Bandcamp sont une source intarissable de nouveautés.Mais mon amour de la musique me fait rejeter ce que j’appelle le bœuf bourguignon (car il faut arrêter d’insulter la daube) commercial qui nous pourrit les oreilles. J’avoue que j’écoute de tout, du métal progressif (Opeth) au Jazz (John Coltrane, Miles Davis), en passant par de la folk anglaise (Josienne Clarke), du slowcore (Heligoland,Cocteau Twins), des chanteuses « heavenly voices » comme Ayten (http://www.ayten.fr) ou Lisa Gerrard la voix féminine de Dead Can Dance, du rock progressif avec Genesis ou les Barclay James Harvest, bref… Une énorme palette musicale.
J’ai quelque chose comme 500 galettes plastifiées, une centaine de vinyls (dont un exemplaire de 1972 d’un certain « Made In Japan » de Deep Purple), donc on peut dire que je suis un amoureux de la musique sans s’avancer outre mesure.

8) Une question toujours utile pour la blogosphère qui n’en finit pas de s’étendre , quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut se lancer dans l’aventure d’un blog ?

Quelques conseils ? Déjà pour limiter la casse financièrement,utiliser des hébergeurs de blogs comme Wordress ou OverBlog. Ensuite, poster régulièrement des articles. Pas tous les jours, mais au moins deux par semaines. Faire des échanges de liens avec d’autres blogueurs.Surveiller son orthographe et sa grammaire.Toujours, j’ai bien dis toujours, citer ses sources. Rien n’est plus insupportable que de lire une « photocopie » d’un article sur un blog.Modérer les commentaires, et surtout essayer de maintenir un lien régulier avec ses lecteurs. Dernier point : ne pas suremployer les bannières publicitaires. Car on pourrait douter de l’intégrité et de l’indépendance du contenu.

9) Ton point de vu sur la dernière grosse évolution qu’est le ebook ?

Ah, la question qui fâche. C’est une nouvelle révolution de Gutenberg. Comme jadis Gutenberg avec les perfectionnements qu’il ajouta à la presse à bras et les caractères typographiques mobiles finit par mettre au chômage les moines copistes, l’ebook sera l’outil qui sur le long terme rationalisera le domaine de l’édition. Actuellement, l’ebook est encore trop jeune, mais la révolution est en marche. Je vais reprendre ici une citation de Benjamin Bayart paru sur l’ouvrage collectif « La Bataille Hadopi » : « l’imprimerie a permis au peuple de lire, Internet va lui permettre d’écrire ». Amazon, In Libro Veritas et d’autres plateformes permettent à des écrivains en herbe (dont je fais partie) de faire connaitre leur prose sans passer par la censure des éditeurs classiques. Et de s’améliorer, sans avoir besoin de gaspiller du papier et de l’encre. Les dits éditeurs classiques ont compris le danger, et c’est surement une des raisons inconscientes qui les poussent à maintenir le prix des livres numériques à un niveau qui sera de plus en plus injustifiable.Le mouvement est enclenché, et d’ici quelques années, il y aura surement un bandcamp des livres qui permettra à des personnes qui écrivent en amateur de pouvoir gagner quelques piécettes et de pouvoir se faire connaitre.La contrepartie est une pérennité plus courte que le papier. Et l’hérésie que sont les verrous numériques sur les livres. Hachette a déclaré il y a quelques mois que les DRMs sont encore là pour plusieurs années. Ma réponse sera simple : je n’achète plus rien chez Hachette.L’industrie de la galette plastifiée et du livre papier connaissent les mêmes problématiques (à la différence du volume de vente), et font les mêmes bêtises. Et une nouvelle citation : « Ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter. » (Georges Santayana)

10) Un message à transmettre ? Un nom , des coordonnées, un lien, un livre , de la musique, une citation, une annonce  à lancer etc… ? Tu as l’entière liberté de nous dire ce que tu souhaites.

Que rajouter de plus à ce qui a été dit auparavant ? Soyez curieux,sortez des chemins battus, que ce soit dans la musique (avec des sites comme bandcamp), les livres, les films. Pour finir, deux citations d’Allen Königsberg, le plus célèbre des réalisateurs né à New York : « Je suis abasourdi par ces gens qui veulent parcourir l’univers alors qu’il est déjà si compliqué de trouver son chemin dans Chinatown » et la seconde : « L’avantage d’être intelligent, c’est qu’on peut toujours faire l’imbécile, alors que l’inverse est totalement impossible. »


Je ne peux que remercier encore Frédéric d’avoir accepté cette invitation ainsi que pour le plaisir qu’il apporte à tous sur ses pages.

Rendez-vous lors du prochain entretien !

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