Nouvel entretien, on fait le point avec Alice Quinn

Cela faisait un certain temps que je n’avais pas organisé d’entretien. J’ai jugé utile de faire le point avec Alice Quinn sur son parcours. Je vous laisse découvrir tout cela.

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Bonjour Agnès, et merci pour ton invitation…

1. Tout le monde a entendu parler de l’amie Rosie alias Cricri mais revenons aux sources. D’où te viennent ton inspiration et tes différentes idées pour avoir créé et façonné un tel personnage ?

C’est gentil ton « tout le monde… » Rosie apprécierait la dérision… Mais enfin c’est vrai que dans le monde virtuel des romans numériques, elle a fait son petit nid. Il est temps qu’elle s’y habitue ! C’est chaud et douillet, même si rien n’est éternel…

Le personnage de Rosie s’est imposée à moi il y a quelques années, d’abord parce que (et ça pas mal d’auteurs te le diront) on écrit souvent pour lire quelque chose qu’on cherche et qui n’existe pas encore dans les romans qu’on trouve. À l’époque, un personnage du lumpen prolétariat (gros mot inventé par Brecht) qui plus est femme mono parentale, qui plus est vivant en caravane en France grâce aux subsides du rsa difficile à trouver. En tout cas moi, je n’en avais jamais lu. Mais bon, ça pouvait vite virer au misérabilisme. Et justement, j’en avais un peu ma claque de la version « les misérables » que je vivais un peu au quotidien, j’avais besoin de rire, de m’évader dans la bonne humeur, fut-elle forcée par mes lectures.

Alors après avoir épuisé Westlake, Laurence Block, Hiaasen, Camilleri, Paasilinna, Exbrayat, Simonin, et autres San Antonio, (liste loin d’être exhaustive dans le genre, mais je ne suis pas là pour faire un catalogue, mais puisque j’ai ouvert cette parenthèse on remarquera qu’il y a pas mal d’auteurs étrangers traduits dans le genre polar de comédie, et pour les français, ils sont un peu anciens. Enfin depuis 2 ou 3 ans, on en trouve un peu plus, heureusement.), je me suis demandé si je ne pouvais pas prendre mon héroïne des temps modernes et au lieu de la décliner version Fantine, en faire une gagnante malgré tout, une sorte de femme de ménage au black avec une ribambelle de gosses, pas un rond, grande gueule, généreuse et démarrant au quart de tour avant de réfléchir. Et si je la rendais sexy et très jeune, pour en rajouter un peu dans la jubilation ?

Et si grâce à elle je prenais une revanche (gentille et rigolote) sur la vie ? Et si j’essayais de raconter des histoires invraisemblables dont elle serait l’héroïne sans peur et sans reproches, mais complètement irresponsable et à côté de la plaque ? En ancrant le tout sur un fond social qui nous tisserait en filigrane un portrait de la France d’aujourd’hui ? Mais attention, léger, léger ! À vrai dire, pour saisir ce portrait il faut le chercher tout au fond, mais il est là, puisque j’appuie toutes mes divagations sur de vrais faits divers… 

Mais qu’on ne s’y trompe pas. Rosie Maldonne ne sort pas seulement de mon imagination. D’abord j’ai rencontré des femmes qui lui ressemblaient un peu partout, et en réunissant les pièces du puzzle, j’en ai fait un seul personnage. Mais j’ai aussi des lecteurs qui me disent régulièrement : « On connait quelqu’un, c’est tout à fait Rosie Maldonne ! » Donc il en existe plein des comme elle. Ce qui la rend plus réaliste que certains le pensent. Là je fais allusion aux critiques qui soulignent le manque de réalisme du roman. Mais j’aime bien penser qu’on a encore le droit d’écrire des choses qui ne sont pas forcément réalistes, non ?

2. Voici quelques mois, nous avons découvert Rosie se Fait La Belle avec lequel Rosie faisait son retour. Quel a été l’accueil par les lecteurs et avec le recul du précédent Palace en Enfer, quel est le regard porté sur ce « T2 » par la gente littéraire?

Pour l’instant Rosie se fait la belle est encore en période de recherche-radar de son lectorat. Mais les lecteurs et bloggeurs du premier qui l’ont lu ont bien aimé cet opus 2, (voir les commentaires sur Amazon) et ils attendent le 3ème avec impatience, ce qui ne saurait tarder…

3. Certains lecteurs se poseront probablement la question, peux-tu nous expliquer pourquoi avoir choisi de recommencer à zéro avec cette publication alors que l’éditeur Michel Lafon t’avais signé pour un palace en Enfer ?

Disons pour simplifier que d’un commun accord nous avons décidé de ne pas poursuivre ensemble. Les détails seraient fastidieux et si je me lance j’en aurais pour des heures et en plus je regretterais mes propos. Et mémé Ruth m’a appris à ne jamais essorer le linge pas net en public… Rire

4. Tu viens de l’autoédition et tu as déjà vécu de grands moments grâce au succès rencontré de tes livres et aux multiples sollicitations de salons, prix, concours…Avec le recul nécessaire, peux-tu nous développer le regard que tu portes sur l’autoédition, ce qu’il y a de bien, ce qu’il y manque ?

L’autoédition a complètement changé par rapport à « avant » les années Amazon. Et l’opinion générale sur l’autoédition a changé aussi.

C’est devenu une porte de passage salutaire pour les auteurs. C’est merveilleux d’avoir un ouvrage qui, soit qu’il ait été refusé ou qu’il soit parti au pilon, soit que l’auteur ait envie d’éviter la case « refus », puisse tout de même trouver un lectorat, sans que cela ne coûte rien à l’auteur en question. Ça va tellement vite que les auteurs, les jeunes ont déjà oublié ce que ça pouvait être avant… Si on se trouvait dans ce cas de figure, c’était soit l’édition à compte d’auteur (c’est à dire le racket organisé) soit aller voir un imprimeur et être obligé d’imprimer un nombre de livres ce qui coûtait très cher et vous obligeait ensuite à revendre ce stock un livre après l’autre.

Donc, ce point positif est énorme. À additionner à l’avantage de la suppression des intermédiaires pour rencontrer son lectorat. Le lecteur est là, il a accès s’il le veut directement à votre livre. Sans passer par les diffuseurs, la presse, les libraires, les distributeurs, etc. Il y a toutes sortes d’autres avantages à l’autoédition mais ils changent et évoluent vite. Disons que ces deux points sont énormes et restent les must de l’autoédition ;

Passons aux points négatifs : votre livre n’est pas en librairie, quand vous en parlez autour de vous, vous êtes considéré comme un Alien, la presse vous ignore complètement, donc cet environnement est un peu frustrant et pour peu que vous soyez en manque de reconnaissance ou fragile du point de vue de l’estime de soi, ça n’aide pas vraiment…

Donc pour se lancer d’ans l’autoédition, il faut avoir du courage, aimer entreprendre et bosser énormément, avec parfois un retour qui renvoie une image pas toujours valorisante. Si on aime par dessus tout l’indépendance, cela reste quelque chose de formidable.

5. Maintenant parlons projets. Je crois savoir que ça fourmille et tu jongles entre différentes choses comme les traductions, un nouveau livre etc…. Peux-tu nous en parler en détail ?

En ce moment ça bouge tellement et si vite autour de moi que mes projets sont en pleine ébullition et je serais bien en peine d’en parler, car la forme en change tout le temps. Donc ne parlons pas de la forme, parlons de ce qui est sûr : Rosie 3 est en cours de traduction et AmazonCrossing, mon éditeur américain me suit sur l’aventure. Le même Rosie 3, L’OMBRE DU ZÈBRE, sortira en France sous peu et à partir du mois d’avril j’en publierai gratuitement sur mon blog et sur ma page Facebook un chapitre par semaine jusqu’à sa sortie.

Je suis actuellement en plein cœur de l’écriture de mon Rosie 4.

Et il y a d’autres projets que je garde plus secrets pour des raisons de superstition pure !!!

6. Quelles sont tes conditions idéales pour écrire ?

Un bon fauteuil ou un bon canapé, bref une position confortable. Le chat pas trop loin. Une boisson réconfortante à proximité. 😉

7. Que deviennent Les Editions Alliage que tu avais monté ?

J’ai été obligée de réduire de plus en plus l’action des éditions Alliage. L’idée de départ était de les faire fonctionner un peu comme une coopérative, afin de donner un outil de possibilité d’édition numérique à des auteurs qui de ne se sentaient pas de se lancer tout seuls. Mais deux facteurs ont créé un engorgement de travail pour moi : le succès de Un palace en enfer et mon accident. Bref, je n’y arrivais plus. Donc petit à petit j’accompagne les auteurs qui avaient été édités sous mon label afin qu’ils parviennent à prendre en charge leur auto-édition. Je leur apprends le savoir faire et je leur donne les outils de leur indépendance. Ce que je trouve très sain finalement.

8. Parlons d’un point qui a son importance car c’est le moment des conseils. Quels seraient ceux que tu donnerais à une personne désireuse de se lancer dans l’écriture par l’autoédition ? Gestion, idées, écriture, communication…

C’est marrant parce qu’au début, je donnais souvent le conseil de « foncer ». Or à présent, je donnerais celui de ne rien précipiter, de prendre le temps de peaufiner. Car j’ai constaté que de nombreux débutants, « foncent » un peu trop vite, justement et ont le sentiment après avoir mis le point final à leur livre, d’avoir achevé le travail, sans réaliser qu’en fait ils n’en sont qu’au début de la deuxième partie. Relire, faire relire, relire, faire relire, et encore corriger, puis tenter d’orchestrer la sortie de son livre si possible…

Je donne des conseils, mais je me rends compte que je suis toujours en train d’apprendre et qu’il y a tellement de choses encore qu’il me reste à assimiler. Finalement, je suis très mal placée pour donner des conseils, tout simplement. À la rigueur sur des points précis, parfois, en m’appuyant sur mon expérience, mais tout bouge tellement vite. Oui, j’en reste aux fondamentaux. Donc mon conseil : passez le plus clair de votre temps à lire et à écrire. Et le moins de temps possible sur les réseaux sociaux…

9. Parle nous de tes lectures. Quels sont les derniers livres que tu as lu et celui en cours ?

Je ne peux pas citer ici tous les auto-édités talentueux que je lis et que j’adore parce que je vais forcément en oublier un donc je saute directement à la case de celui en cours : Quand Satan Raconte La Terre au Bon Dieu de Mark Twain. Un délice. Actuellement sur ma table de chevet. A côté de Histoires de Pat Hobby de Scott Fitzgerald et du dernier Dany Laferrière.

10. Un message à transmettre ? Une info à ajouter ? Des remerciements à exprimer ? C’est la coutume sur le blog pour ces entretiens, on termine toujours par de libres propos.

Super ! Je veux profiter de cette plage « libre propos » pour envoyer ce message :

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Je suis en perpétuel étonnement, ravissement et état de gratitude envers les lecteurs qui aiment Rosie Maldonne, que je remercie donc ici. C’est grâce à eux, que je peux continuer à écrire et à vivre dans un bonheur partagé avec ma Rosie.

Merci à Agnès et à sa passion, pour cet espace de discussion et ses questions qui m’ont permis de faire le point.


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Sa page Facebook

Sa page d’auteur sur Amazon

 

Et reste à consulter, le tout premier entretien d’Alice sur le blog en mai 2013

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3 commentaires sur « Nouvel entretien, on fait le point avec Alice Quinn »

  1. Encore un très bel article qui nous permet de mieux découvrir Alice Quinn.
    Je suis d’ailleurs du même avis en ce qui concerne l’écriture et toutes les corrections à faire autour du manuscrit. Un travail d’arrache-pied, long, mais néanmoins nécessaire.
    Merci Agnès et bonne continuation à Alice pour la suite. 😉

    1. Oui, Christelle, tu es une travailleuse acharnée, il n’y a qu’à suivre ta trace à travers tes romans!
      Merci pour tes souhaits, et je te souhaite moi aussi encore beaucoup de plaisir dans l’écriture…

  2. Merci Agnès pour cet entretien :-), là où je rejoins Alice (entre autre en tout cas !), c’est la forme d’isolement que l’on peut ressentir en tant qu’indépendant. On n’entre finalement dans aucune case. Il n’y a pas de « garde fou », et pas forcément de considération…
    En tout cas, bravo Alice pour ton parcours :-), je souhaite à Rosie une belle suite de carrière !

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