Entretien avec Frédéric Bezies

Après un précédent entretien en Mars 2013, il était temps de faire le point avec l’ami Frédéric que beaucoup d’entre vous connaissent sur différents sujets ainsi que son parcours. Voyons un petit peu ce qu’il a à nous dire.

Frédéric

1) Bonjour Frédéric, te revoilà sur les pages du blog après l’entretien que nous avions déjà fait ensemble en 2013 mais depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts alors on se lance ?

Déjà trois ans. Comme le temps passe vite. Allons-y !

2) Tu as sorti il y a quelques mois ton dernier roman Un Mois d’Octobre Sans Fin, peux-tu nous parler de l’histoire et du travail de documentation et de recherches que cela a nécessité ?

C’est un roman qui a été mon travail scriptural principal de l’année 2015. J’avais toujours eu envie d’écrire une uchronie – un genre qui repose sur le principe de la réécriture de l’Histoire à partir de la modification d’un événement du passé. Étant donné que la plupart des récits de ce genre s’attaque à la deuxième guerre mondiale, j’ai eu envie de m’attaquer à la Grande guerre.

Le plus dur a été de rester raccord avec les inventions qui peuplent notre vie quotidienne pour respecter le monde créé pour l’occasion. Étant donné que c’est une uchronie, il a fallu que je fasse une gymnastique mentale pour mettre de côté mon humble culture historique.

Pour la documentation, j’ai complété mes connaissances avec quelques recherches bien placées. D’ailleurs, dans le texte, il y a des renvois vers des évènements ayant réellement existés, comme le désastreux traité de paix de Brest-Litovsk de mars 1918.

Même si le travail d’écriture s’est concentré sur 6 mois en cumulé, on peut dire qu’une grosse semaine a été consacrée à la vérification des faits, à la recherche d’informations. Pas énorme donc.

3) D’où te viens cette passion que tu as pour l’histoire ?

J’ai toujours été curieux, au sens noble du terme. Je pense que le déclic, j’ai dû l’avoir vers 6 ou 7 ans, avec une série qui a bercé l’enfance de nombreux quadragénaires : « Il était une fois l’homme ». Sans oublier des séries françaises historiques de qualité comme « Les Rois Maudits » avec Jean Piat (1972) que j’ai connu lors d’une rediffusion. Ou encore « Les Brigades du Tigre » et ses introductions en image d’Épinal.

Sans oublier des documentaires comme « De Nuremberg à Nuremberg » de Frédéric de Rossif, et la bande son de Vangelis.

J’ai longtemps voulu exercer le métier de professeur d’histoire géographie. Mais vu que je ne suis pas d’une patience surpuissante, j’ai bien fait de ne pas aller jusqu’au bout de mon rêve. Je compense avec les documentaires historiques sur Arte ou sur National Geographic Channel.

4) Tu as lancé, il y a un certain temps un concept original intéressant de courtes chroniques sur de nombreux sujets que tu publies sur ta page auteur chez Atramenta. Quel sont les projets à ce sujet ?

Mon projet « Allez, sans rancunes » ? Au début je comptais faire un recueil d’une quarantaine de textes. Mais étant donné que j’ai été assez occupé en début d’année, j’ai décidé d’en faire un projet pour l’année 2016. Le dernier tome qui couvrira octobre à décembre 2016 est en cours de préparation.

J’ai aussi comme projet de terminer un récit fantastique que j’ai commencé en janvier 2016 et qui traine des pieds. Ouille 😦

5) Maintenant passons au blogueur que tu es. Tes pages outre le fait qu’elles viennent de fêter leurs 11 ans sont devenues avec le temps une référence dans le monde du libre. Peux-tu nous dresser le bilan de la situation actuelle des distributions, logiciels et utilisations par le grand public sachant que l’avenir du libre reste incertain tant par les obstacles politiques que les difficultés à convaincre ?

Une référence est un bien grand mot. Je ne suis qu’un blogueur comme un autre. Mais il est vrai que j’ai tendance à ouvrir mon « claque-merde » et sortir la poussière d’en dessous les tapis où certaines personnes l’entassent avec minutie.

La situation des distributions ? Comment rester clair ? C’est le merdier le plus total. Il faudrait un sacré coup de balai pour faire disparaître les productions excrémentielles des créateurs de distributions inutiles, et souvent finies à l’urine frelatée.

Il y a un trop pleins de distributions à destination bureautique. Entre les redondances, les ressucées, on pourrait bien voir disparaitre au moins une dizaine voire une vingtaine de distributions sans grande perte en terme de diversité.

Sur le plan de la logithèque, le logiciel libre a fait ses preuves techniques, mais le plus souvent l’interface est à… pleurer !

Le plus gros problème est la vente liée qui a été entérinée récemment par la cours de justice européenne. Les OS libres en bureautique ? Cela restera un marché de niche. Malheureusement, car MS-Windows 10 est sûrement l’une des versions les plus détestées de MS-Windows par ses manipulations, sa volonté de s’installer même contre l’avis de l’utilisateur ou de l’utilisatrice. Ou encore le gros doigt d’honneur envers le respect de la vie privée… Mais il faut dire que Facebook a été un précurseur dans ce domaine !

Je ne vois pas le libre se développer sur le bureau de l’utilisateur lambda sans une prise de conscience qu’il faut arrêter les conneries, comme la démultiplication des distributions au nom de la liberté de redistribuer des logiciels modifiées comme inscrite dans les canons du logiciel libre, et spécialement dans la quatrième liberté qui déclare : « la liberté de distribuer aux autres des copies de vos versions modifiées (liberté 3) ; en faisant cela, vous donnez à toute la communauté une possibilité de profiter de vos changements ; l’accès au code source est une condition nécessaire. »

Pour les trois autres, je te renvoie à cette page de la Free Software Foundation : https://www.gnu.org/philosophy/free-sw.fr.html

Comme je l’avais précisé dans un billet coup de gueule, sur certains plans, le logiciel libre tourne au religieux, dans le sens le plus péjoratif du terme. Cf l’article à l’adresse suivante : http://frederic.bezies.free.fr/blog/?p=14513

6) Quels sont les différents projets que tu as en tant qu’auteur, blogueur, lecteur ?

En tant qu’auteur : finir mes chroniques et le récit fantastique.

En tant que blogueur : voir les 12 ans de mon blog. Continuer d’ouvrir ma gueule pour provoquer des problèmes de péristaltisme à certaines personnes incapables de voir plus loin que le bout de leur appendice nasal.

En tant que lecteur : lire en français le dernier Harry Potter que j’ai déjà lu en anglais… Pour vérifier que j’ai tout compris.

7) On découvre régulièrement certaines de tes lectures de l’autoédition sur tes pages. Parles-nous un peu plus de tes goûts littéraires, des auteurs que tu lis ?

Pour l’auto-édition, j’ai mis un arrêt à sa lecture suite à des dérives que je considère comme inacceptables. J’y reviendrai dans le point suivant. En dehors des auteur(e)s que j’ai découvert, je ne fais plus aucune recherche dans ce domaine. Mon dernier coup de cœur a été l’eptalogie en huit volumes de Kylie Ravera « La tentation du pseudo-réciproque ».

Mes goûts littéraires ? Des policiers de temps en temps. La SF comme celle d’Isaac Asimov – cf le cycle de Fondation – les œuvres de Robert Silverberg – Les déportés du Cambrien, Les monades Urbaines ou encore Roma Aeterna ou encore les œuvres des auteurs anglophones comme George Orwell, Aldous Huxley ou Ray Bradbury.

Ensuite, ça dépend des conseils qu’on peut me donner. Mais je peux passer un mois sans lire une ligne. C’est dommage, mais ça arrive.

8) Lisant sur ta Kindle, tu as souvent pris position par rapport à certains fonctionnements/comportements de l’autoédition. Peux-tu nous faire le bilan de ta vision des choses en ce qui concerne les auteurs indépendants ?

J’utilise aussi bien ma kindle que ma tablette tactile avec l’application idoine. Déjà, comme j’ai pu le dire récemment, le contenant compte énormément. Un livre électronique malformé ou encore un pdf importé dans le magasin kindle, c’est poubelle sans autre forme de procès.

J’aime à avoir mes repères quand je lis un livre. Si on propose une table de matières, autant qu’elle soit utilisable pour pouvoir sauter à un chapitre donné. Si c’est pour faire tapisserie, cela dessert l’auteur(e).

Ce serait comme d’avoir une voiture avec uniquement des emplacements airbag sans les dits airbags dans la carosserie. La comparaison est un peu excessive, mais l’idée est là.

Il y a aussi autre chose qui a le don de me faciliter le péristaltisme au point de me forcer à monopoliser les toilettes : les auteur(e)s qui sont dans l’attaque dès qu’on ose critiquer en argumentant leurs œuvres.

Je sais que c’est douloureux d’être critiqué, mais il faut le dire. On trouve des torchons – et encore je suis méchant envers les morceaux de tissus qui sont utiles – où les fautes d’orthographe et de grammaire sont aussi nombreuses que les mots contenus dans les pages.

Je sais bien qu’un logiciel comme Antidote coûte relativement cher. Mais si cela évite de se faire descendre en flammes par une personne un peu pointilleuse… Et puis, ça fait plus sérieux. Je ne suis pas parfait sur le plan orthographique et grammatical, mais j’essaye de limiter la casse au maximum quand je publie un texte.

Il faut arrêter aussi de se leurrer : ON NE GAGNE PAS SA VIE avec l’écriture. Sauf cas rarissimes, la plupart des auteur(e)s ont une activité professionnelle en parallèle pour payer leurs steaks.

Je te renvoie à cet article de Neil Jumonsi qui met les pieds dans le plat, et ça déplait à pas mal de monde. http://page42.org/artiste-precaire-conte-moderne-et-bien-ficele/

Ce qui m’ennuie le plus, ce sont les auteur(e)s qui prennent un cucumis melo monstreux qui ferait passer un dirigeable comme l’Hindenbourg (qui a cramé en mai 1937 et dont les derniers instants ont servi de couverture au premier album d’un petit groupe des années 1970, Led Zeppelin) pour une balle de golf.

Je ne citerai pas de noms, mais quand certains auteurs disent aux critiques d’aller jouer sur l’autoroute… Ou encore d’essayer les noeuds coulants autour du cou… Il est vrai que certains auteurs en question s’amusent à pondre du trash en parlant en terme cru de triolisme et de la conséquence d’une stimulation orale complète d’appendice caudal humain.

Sans oublier le copinage, les commentaires de complaisance, les comptes sur les réseaux sociaux pour faire avancer la cause en oubliant qu’une plateforme comme Amazon, c’est 300 000 publications par trimestre, tout genre confondu… Bref, un sacré panier de crabes. Ce sont les raisons qui m’ont poussé à mettre de côté temporairement la lecture d’auteurs auto-édité en dehors des personnes que je suis régulièrement.

Tant qu’une nécessaire grande purge n’aura pas lieu, ça fera très mal, et on tirera l’image que l’auto-édition est capable du meilleur comme du pire, mais que c’est dans le pire qu’elle est la meilleure.

Ma conclusion est simple : cessez de rêver et soyez responsables !

9) Tribune Libre : tu connais la coutume sur le blog, le dernier propos afin de terminer un entretien reste libre. Alors entre un scoop, un coup de gueule de Méchant Fred, un message à transmettre à tes lecteurs, des remerciements quelconques à qui que ce soit, une info à transmettre, des projets supplémentaires à rajouter bref la parole t’appartient.

J’ai plusieurs points à aborder. D’abord ma vision de l’auto-édition. C’est un comité de lecture géant pour les éditeurs. Pourquoi se compliquer la vie à lire des manuscrits plus ou moins pourri alors que les personnes lisant de l’auto-édition font le travail pour vous ? Je suis prêt à parier que les chasseurs de têtes des grands éditeurs regardent les 15 à 20 premières places de catégories qui les intéressent sur Amazon ou Kobo, et font leurs marchés.

Deuxième point ? Je voudrai remercier les personnes qui me font la gentillesse de me suivre depuis plus ou moins longtemps, que ce soit sur mon blog ou sur ma chaîne Youtube. https://www.youtube.com/user/fredbezies

Sans oublier Péhä qui est un dessinateur de talent avec qui j’ai lancé – sur sa proposition – un projet de BD à publication mensuelle dont je suis le scénariste. Je vous conseille son blog où on peut voir ses créations : https://lesptitsdessinsdepeha.wordpress.com/

Troisième et dernier point ? Soyez curieux. Sortez des chemins battus, spécialement dans le domaine de la musique. Ne vous laissez pas imposer la sousoupe des Kevin Bonnet, Rémi Ranguin, Gandhi Djuna ou encore de Stefani Joanne Angelina Germanotta. Oui, votre moteur de recherche préféré sera votre ami.

Fouillez jamendo, altermusique ou bandcamp. Vous ne serez pas déçu !

Je finirai avec une citation de Ian Fraser Kilmister alias Lemmy Kilmister, figure du rock qui nous a quitté fin 2015 :

« People don’t read any more. It’s a sad state of affairs. Reading’s the only thing that allows you to use your imagination. When you watch films it’s someone else’s vision, isn’t it? »

Une traduction rapide :

« Les gens ne lisent plus. C’est un triste état de choses. La lecture est la seule chose qui vous permet d’utiliser votre imagination. Lorsque vous regardez des films, c’est la vision de quelqu’un d’autre, n’est-ce pas? »

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7 commentaires sur « Entretien avec Frédéric Bezies »

  1. Très bel entretien !
    Il est vrai que certains auteurs donnent une mauvaise image de l’auto-édition. Qu’attend Amazon pour mettre les pieds dans la fourmilière ?
    Sinon, 12 ans, ça se fête. 😉 Alors, bon courage pour les recherches, les écrits en cours et à venir.

      1. En effet, j’ai déjà lu cet article sur un groupe Facebook. Flippant ! Ce monsieur ne doit certainement pas être le seul.
        Quoiqu’il en soit, il faut continuer son bonhomme de chemin. Alors, bon courage dans les recherches. 😉

  2. A mes yeux, Frédéric n’est pas méchant. Il cherche et trouve souvent les stratagèmes mis en place par certains indés pour se faire mousser l’égo: commentaires de complaisances, copinages… Je lis moins son blog qui doit passionner les férus d’informatique mais j’adore ses coups de gueule ! Il y en a moins en ce moment, mais ce côté râleur me plaît. Ce n’est pas pour le plaisir de râler mais quand c’est justifié…

    1. Pas méchant, je tape juste où ça fait mal.

      Les dérives de l’auto édition sont celles de l’édition classique, les moyens financiers en moins 🙂

      Quand on sait regarder au bon endroit, et qu’on recoupe, on se dit que la citation de Lavoisier sur les expériences en chimie est applicable partout : rien ne se crée, rien ne se perd, tout se transforme 🙂

      Spécialement dans les magouilles 😀

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