Entretien avec Patrick Philippart

Patrick Philippart s’est fait un joli nom dans l’autoédition et le cercle des polars et même s’il reste très discret sur les réseaux sociaux, cet entretien que voici reste exceptionnel sur la blogosphère. Je vous laisse apprécier ses confidences.

1) Peux-tu te définir en trois mots ?

Me définir en trois mots? Passionné, entêté et travailleur.

Patrick Philippart

2) Dans ton dernier roman une petite fille aux cheveux roux sorti cette été, tu abordes le thème de l’homosexualité. Peux-tu nous dire comment t’est venu l’idée ?

Une Petite Fille aux Cheveux Roux

Le thème de l’homosexualité a déjà été présent dans d’autres livres, comme Mortelles ambitions, où le député Lionel Perdiou était en couple avec un pizzaiolo italien. Mais, dans le cas d’Une petite fille aux cheveux roux, j’avais d’abord pensé à une épouse pour Etienne Drichon, le rédacteur en chef de Dimitri. Mais, comme il devenait un personnage central du livre, j’avais envie de dépasser la caricature qu’il représente au fil des enquêtes, à savoir un personnage d’une ambition dévorante, fort avec les faibles et faible avec les forts, toujours disposé à humilier les autres. J’avais, en lui donnant un compagnon caché, l’occasion de l’humaniser. D’ailleurs, on le voit pleurer dans ce roman. Ce qui veut dire, pour résumer, que le thème de l’homosexualité était ici un « truc » pour approfondir la personnalité de Drichon… qui, dans le roman que je suis en train d’écrire, redeviendra pareil à lui-même.

3) Parlons maintenant de Dimitri Boizot. La création de personnage n’est jamais chose aisée et il faut dire que tu t’en tires haut la main alors comment expliques-tu l’attachement de tes lecteurs à ce personnage ?

D’après les commentaires que j’ai lus, j’ai cru comprendre que c’est le côté quotidien, banal, « normal » comme aurait dit Hollande, du personnage qui plaît. Il est vrai que Dimitri n’est pas un super héros, loin de là. On a même l’impression que, souvent, il se passerait bien d’enquêter, mais une circonstance ou l’autre fait que, toujours, il y va quand même. Et, quand il est lancé, il s’accroche et atteint alors une autre dimension.

4) Tu sembles aimer les prises de risque à chaque nouveau livre du fait de nombreuses surprises.Comment expliques-tu ça ?

Franchement, je n’ai pas l’impression de prendre des risques. Mais il est vrai qu’à chaque fois, je m’efforce de ne pas réécrire le précédent roman, de ne pas formater l’histoire. Alors, oui, cela peut apparaître comme une prise de risques, mais je pense vraiment que, lorsqu’on écrit, on n’a vraiment pas envie de tourner en rond, de se répéter. Et – mais je pense que c’est le cas de nombreux auteurs, particulièrement de polars – j’ai envie de me surprendre moi-même. C’est l’un des moteurs de l’écriture, selon moi.

5) Où puises-tu les nombreuses émotions que tu nous offres dans les différentes aventures de Dimitri Boizot ?

Merci pour la question: il est vrai que, pour chacun de mes personnages, j’essaie de creuser la psychologie, de les rendre les plus humains possible, et cela passe par le fait de leur donner des émotions fortes lorsqu’ils sont confrontés à des circonstances dramatiques, voire tragiques. De cette manière, le lecteur peut soit d’identifier au personnage, soit ressentir de l’empathie à son égard. Et j’en ai moi-même pour mes personnages, que je ne traite jamais comme de simples figurants, des silhouettes. Je pense que cela donne une dimension plus profonde à l’histoire.

6) Après de nombreuses années dans l’autoédition, peux-tu nous en dresser ton bilan et le regard que tu en as ?

En ce qui me concerne, après cinq ans et demi d’autoédition, le bilan est évidemment tout à fait positif, avec des dizaines de milliers de lecteurs dans le monde entier. C’est en fait comme un miracle: après des années et années passées à tenter de trouver un éditeur, la possibilité offerte par Amazon de toucher un vrai public a été tout à fait inespérée. Et j’ai aussi découvert le contact avec les lecteurs, que ce soit au travers de leurs commentaires, via des mails, ou en direct au salon du livre à Paris…

7) Tu restes un auteur très discret sur les réseaux sociaux ce qui est un gage de qualité, pourquoi ?

Ce n’est pas une volonté délibérée. Je pense que la présence sur les réseaux sociaux demande pas mal de temps. Comme je travaille beaucoup, je préfère utiliser mon temps libre à écrire, à imaginer des histoires, plutôt qu’à surfer

8) Peux-tu nous parler de tes projets à venir ?

Actuellement, je suis lancé dans une nouvelle enquête de Dimitri Boizot, qui m’excite beaucoup parce qu’elle va permettre de pénétrer plus profond dans la vie de Dimitri au travers de membres de sa famille. Le titre provisoire du livre – qui changera peut-être… – est « Les larmes de Victoire Dalger ».

9) Quelles sont tes influences littéraires et tes auteurs favoris ? Pourquoi ?

J’ai toujours beaucoup aimé des auteurs américains et russes. Par exemple, j’ai toujours considéré l’écriture de Dostoïevski extraordinaire. J’aime aussi Tourgueniev et certains livres de Soljenitsyne. J’adore aussi des Américains comme John Irving, Philip Roth, les nouvelles de Tennessee Williams…

Côté français, j’ai toujours eu une admiration sans borne pour Romain Gary, qui a poussé dans derniers retranchements le mélange subtil de cynisme et d’humanité. J’adore aussi Daniel Pennac, pour la structure de ses romans, particulièrement dans la saga Malaussene. Et puis, on pourrait aussi parler de Modiano, de Roger Grenier, ou de Didier Van Cauwelaert, Céline et San-Antonio…

10) Tribune libre pour terminer cet entretien et après on boit le café, il t’appartient de nous dire ce que tu souhaites.

Tribune libre, c’est toujours un peu casse-gueule, je n’ai pas envie de jouer les vieux auteurs pontifiants. Mais je profiterai quand même de la possibilité qui m’est offerte pour évoquer un thème qui me tient à cœur, la nécessité de l’humilité. Je pense que l’humilité devrait être la qualité première de l’être humain. Cette idée provient sans doute de ma passion pour l’astronomie, qui m’a enseigné cette idée simple: lorsqu’on sait que notre Terre, sur laquelle vivent quelque sept milliards d’êtres humains à l’heure actuelle, n’est qu’un grain de sable à l’échelle de l’univers, un grain de sable lancé dans le vide à 28.000 kilomètres/heure, cela relativise pas mal de choses. On se rend compte alors que perdre les quelques dizaines d’années qui nous sont accordées à courir après des biens matériels ou après le pouvoir est totalement dérisoire. Par ailleurs, l’humilité permet aussi de mieux voir chez les autres leurs qualités respectives.

Voilà, je ne sais pas si ces quelques lignes ont un quelconque intérêt, mais c’est en tout cas ce qui m’est venu à l’esprit.

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2 commentaires sur « Entretien avec Patrick Philippart »

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