Tribune Libre de Valentin Hoisnard

J’attrape ma souris qui craque sous l’effort. Elle est usée, autant que mon ordinateur qui peine à afficher la page internet. Une goutte de sueur traverse entièrement mon front, puis roule le long de mon nez jusqu’à venir s’écraser sur ma main gauche inerte, dans l’attente de l’action.

Mon cœur se serre. Il m’implore d’aller plus vite, prêt à exploser à tout moment. Le message s’affiche enfin. Je lis le mail au rythme du tambour de guerre qui résonne dans ma poitrine. Je prépare un assaut. Les mots ne s’arrêtent plus. Ils dérivent dans ma tête et s’emmêlent pour former la même phrase qui ricoche inlassablement contre mes tempes : oui Agnès, j’accepte avec grand plaisir de passer dans ta Tribune Libre !

Avant de commencer cette interview écrite entre moi et moi-même, je souhaiterais remercier Agnès pour l’opportunité et le travail qu’elle fournit au quotidien !

Qui es-tu ? Quel âge as-tu ? Que fais-tu dans la vie ? Quelle est ta couleur préférée ? Que prends-tu au petit déjeuner ?

Me présenter semble appréciable, autant pour ceux qui me connaissent un peu que pour ceux qui haussent les épaules à l’entente de mon prénom. Je m’appelle Valentin et je suis né le 6 novembre 1999 (scorpions, les meilleurs !).

Après avoir obtenu un BTS en mécanique dans l’Essonne, j’ai intégré l’effectif d’une grande entreprise d’électronique spécialisée dans l’aéronautique dans les Yvelines depuis plus de deux ans.

Alors là, quelle question ! J’adore le noir. Je sais ce que vous allez dire, ce n’est pas une couleur, mais une nuance et vous avez raison ! Mes propos sont à nuancer dans ce cas !

On rentre dans l’intime là… Je mange des galettes de riz au petit déjeuner. Six pour être exact ! C’est d’ailleurs mon chiffre fétiche.

Merci pour ces réponses. Ton parcours scolaire n’avait donc rien à voir avec l’écriture de ce que je comprends. Pourquoi t’être lancé dans cette voie ? Depuis quand écris-tu ?

C’est une très bonne question, je vais donc développer. Je n’écris que depuis mes dix-huit ans. L’aventure a commencé lors de ma première année de BTS. Cette filière n’avait d’ailleurs rien à voir avec les langues, le français ou autre cursus littéraire. Comme tu le précises, c’était même l’inverse !

Pour être honnête, jusqu’à mes dix-sept ans, je ne lisais même pas. Et je vous parle encore moins d’écrire des histoires ! Je devais être, comme beaucoup d’adolescents, influencé par la société et j’avais peur d’être jugé, humilié ou encore mis à l’écart. À cet âge, si vous lisiez vous étiez un intello ou un incompris. Triste mentalité, je sais. Mais c’est à cet âge que j’ai compris mon erreur. Non pas tout seul, mais lors de mes premiers cours de français en BTS comme je le mentionnais plus tôt. Ma professeure de l’époque a graissé les engrenages de mon esprit pour les faire tourner différemment. Certains de ses mots m’ont touché. Et j’ai acheté mon premier livre : Punk Friction de Jess Kaan.

Mes parents n’en revenaient pas, eux qui avaient essayé à plusieurs reprises de me faire lire plus jeune, sans succès. C’est une période qu’on évoque aujourd’hui tous ensemble avec beaucoup d’humour !

Quoi qu’il en soit, j’ai dévoré ce livre de deux cents pages en quinze jours. Pour un premier roman, j’étais très satisfait. Je venais de prendre goût à la lecture, mais la partie ne faisait que commencer !

Trois semaines après avoir fini de lire ce premier livre, notre professeure, elle ne m’en voudra pas de la citer, Madame Millot, nous avait concocté un exercice intéressant.

Beaucoup ont soufflé, mais pas moi. Étrangement, j’avais hâte d’écrire. J’ai ressenti des petits picotements dans le fond de mon estomac lorsque j’ai pris une feuille vierge.

L’exercice était simple en apparence : se rappeler d’une ancienne odeur et tisser un fil pour en faire émerger les souvenirs associés. J’ai écrit sans m’arrêter pendant vingt minutes un début de texte. Hésitant, j’ai pris mon courage à deux mains et ai tendu ma feuille à Madame Millot qui a tout bonnement été émue et surprise.

À la fin du cours, elle m’a pris à part pour me dire une phrase que je retiendrai toute ma vie : « ne vous arrêtez jamais d’écrire ».

Le soir venu, j’ai terminé ma nouvelle fraîchement nommée Je me rappelle. Pour la petite anecdote, il s’agit d’une autobiographie que j’ai publiée par la suite, mais qui n’est plus disponible à la vente aujourd’hui.

Merci. Pourquoi avoir choisi d’écrire principalement des thrillers et des livres pour enfants ? D’ailleurs, pourquoi écrire sur des domaines aussi éloignés ? N’est-ce pas trop difficile de jongler entre ces deux univers ?

À la base je n’écrivais que des petits textes ou nouvelles d’une page ou deux. Puis, au fur et à mesure j’ai commencé à m’orienter vers les genres de l’imaginaire et, à partir de mes débuts de récits, à créer des histoires plus complètes. Je rêvais d’aventure et de magie sans cesse !

Ce n’est qu’à partir de mars 2020, au moment du confinement, que j’ai essayé d’écrire mon premier thriller : Insomniaque. J’ai été très étonné ; la plupart des personnes qui l’ont lu avant sa publication m’ont toutes encouragé à poursuivre. C’est d’ailleurs une nouvelle qui a vraiment bien fonctionné pour moi pour l’époque. Et j’ai continué.

En ce qui concerne les romans pour enfants, j’en avais déjà fait l’expérience peu de temps après avoir débuté l’écriture et j’avais aimé raconter une courte aventure en peu de mots, avec simplicité et légèreté. J’ai donc gardé les deux univers en simultané pour jongler entre suspense et imagination, avec, plus récemment, des thrillers beaucoup moins noirs et davantage portés sur les émotions.

Selon mes envies, je ne suis pas cantonné à un seul et unique genre. Je pense que, pour un auteur, savoir se diversifier est une bonne chose. Cela permet de changer aussi la manière d’aborder certains thèmes. On n’évoque pas la perte d’un être cher de la même façon pour un enfant que pour un adulte. C’est un véritable challenge parfois !

J’ai remarqué que tu écrivais principalement des nouvelles. Comptes-tu publier des formats plus longs afin de toucher un public plus large ? Et des publications papiers ?

C’est une question qu’on m’a aussi très souvent posée. Pour ceux qui ne le sauraient pas, je n’ai écrit que des nouvelles jusqu’à présent, plus ou moins longues, et une ou deux novellas si nous voulons être précis.

Je me dois d’être honnête avec vous, les nouvelles se sont toujours imposées à moi. J’ai commencé par cet exercice, au premier abord simple, mais qui possède aussi des codes délicats. Je n’ai jamais eu l’envie ni la motivation d’écrire un roman entier de 80000 mots. Je suis un auteur qui se lasse aussi très vite et qui aime la nouveauté.

Je pense qu’il s’agit d’un choix personnel et aussi d’une qualité propre. Certains auteurs peuvent écrire des pavés, mais ne sauront pas rédiger une nouvelle brève et inversement. Et ce choix est également un défi. Aujourd’hui, les nouvelles se vendent moins bien que les romans. Si je peux arriver à me faire connaître par celles-ci, à ce moment j’aurais la satisfaction d’avoir gagné. Gagné le cœur de plusieurs lecteurs conquis par la brièveté de mes histoires.

Je n’écarte toutefois pas la possibilité d’écrire un format plus long à l’avenir, mais il n’est pas prévu pour le moment.

Je n’envisage pas non plus de transposer mes nouvelles indépendantes ou recueils sur papier. Je pense que les livres autoédités sont davantage achetés en numérique de manière générale qu’au format broché, sauf exception bien évidemment.

Le plus important pour un auteur, c’est de se faire plaisir. Peu importe que la publication de textes soit faite sur une plateforme en ligne telles que Wattpad ou Scribay, ou juste qu’il s’agisse de brouillons griffonnés sur un cahier aux effluves d’encre usée, écrivons ce qui nous passionne !

Écrire pour les autres, oui, mais manipuler le crayon pour soi.

J’ai vu que tu avais été édité par Évidence Éditions pour une de tes nouvelles. Quel est ton retour par rapport à cette expérience ? Voudrais-tu être à nouveau publié par un éditeur à l’avenir ?

Je vais être franc pour les éventuels écrivains en herbe qui rêvent du fameux logo Gallimard ou Nathan sur leur livre, c’est très compliqué de l’obtenir. Pas impossible, mais de plus en plus rare, notamment pour un auteur inconnu. J’ai eu la chance d’être édité pour ma nouvelle Le Royaume des Minotaures au format numérique par Évidence Éditions.

Dans ma tête,être édité était un but ultime. Une sorte de reconnaissance. Et au final je me suis rendu compte que ça ne changeait pas grand-chose à ma vie. Je me disais sans cesse : et maintenant ?

Je dédramatise tout de suite, je suis tout de même fier et content de cette expérience, surtout que Le Royaume des Minotaures est ma toute première fiction écrite ! Elle a une valeur symbolique pour moi.

Bien sûr, si l’occasion d’une autre publication par un éditeur traditionnel devait se présenter, je la saisirai. Mais comme je vous l’ai dit plus tôt, je n’écris que des nouvelles et elles ne sont pas très bien vues des éditeurs, car très peu vendues en France ! Si c’est le parcours du combattant pour faire éditer un roman, c’est l’équivalent de marcher sur la lune pour les nouvelles ; réservé à peu d’élus.

Étant donné que je publie tous les deux mois environ, je n’ai pas les délais ahurissant, mais compréhensibles, à subir et l’attente infernale du retour favorable ou non de mes soumissions.

C’est à vous de trouver ce qui vous rend véritablement heureux et satisfait !

J’en profite pour faire un petit rappel aux novices qui me liraient, ne payez jamais pour être édité, c’est certainement une arnaque ! C’est ce qu’on appelle de l’édition à compte d’auteur.

As-tu d’autres passions en dehors de l’écriture ?

La lecture, vous vous en doutez certainement, tout comme vous j’imagine. Je pratique également de la musculation chez moi depuis six ans maintenant.

J’aime aussi sortir avec mes amis. Ils m’ont toujours soutenu dans mes projets, tout comme ma famille d’ailleurs, donc j’en profite pour les remercier du soutien qu’ils m’ont apporté et m’apportent encore aujourd’hui continuellement.

Et la suite alors ?

Comme des milliers d’autres auteurs, j’aimerais pouvoir vivre de mes écrits. C’est un milieu très difficile comme me le répète souvent Agnès, mais rien n’est impossible à qui s’en donne les moyens. Ne pas non plus se jeter dans le vide à bras ouverts sans parachute de secours, mais le travail payera un jour, j’en suis convaincu !

Le destin m’a mis sur cette voie. Même alors que je n’y songeais pas. Jamais je n’aurais pensé écrire des livres un jour. Personne de mon entourage d’ailleurs et pourtant…

Pendant que j’écris ces lignes, je me rappelle d’un étrange souvenir qui en fera peut-être réfléchir certains. J’étais au collège en 3e, donc bien avant que je ne songe à ouvrir un livre. Un écrivain était venu nous rendre visite le temps d’une heure de cours pour parler de son métier qu’il pratiquait à mi-temps, Malheureusement, son nom m’échappe, je m’excuse ouvertement auprès de lui !

Mais bref, à la fin du cours, lorsqu’il est venu le temps des questions, l’auteur en pose une qui me tape encore l’arrière du crâne aujourd’hui : qui voudrait devenir écrivain ici ?

Comme vous vous en doutez, les regards fuyaient le tableau blanc et se cherchaient mais deux mains se sont levées.Une camarade de classe qui souhaitait faire des études de journalisme et la mienne sans que je sache réellement pourquoi !

Et voilà, presque huit ans plus tard, j’ai réalisé ce rêve et je vais continuer de l’entretenir du fond du cœur.

Un mot pour ceux qui souhaiteraient se lancer, mais hésitent encore à franchir le cap ?

Peu importe votre projet, et là je ne parle pas forcément d’écriture. Que vous souhaitiez faire des vidéos sur internet, vous lancer sur les réseaux sociaux, dans un roman ou même aller élever de chèvre dans le Larzac (qui sait !), croyez en vous, c’est le plus important.

N’écoutez pas les critiques négatives, portez attention aux conseils constructifs et à ceux qui ont réussi. Chacun est différent. Chacun a droit d’avoir ses propres projets, nous n’avons qu’une vie !

Comme me l’a dit un jour ma professeure de français, nous devrions tous avoir notre propre moyen d’expression. Que ce soit la comédie, la vidéo, l’écriture, le chant, la musique, le dessin, la sculpture, peu importe. Évadez-vous. Créez et n’ayez pas peur de vous exprimer !

Dîtes-vous que vous ne pensez pas différemment des autres, vous voyez simplement la lune énigmatique derrière un soleil aux rayons brûlants.

Et n’est-ce pas la plus belle chose au monde ?

Avant de clôturer ces quelques minutes passées avec vous, je souhaite remercier mes amis, ma famille et mes proches de croire en moi chaque jour de cette vie. Je remercie Agnès qui m’accompagne quotidiennement et qui sait quoi dire pour nous remonter le moral ou simplement nous offrir un précieux conseil. Elle m’a apporté une visibilité qui n’a pas de prix !

Enfin, je remercie mes lecteurs, tous ceux qui ont acheté, lu, commenté ou tout simplement parlé de mes livres à leur entourage.

Je souhaite terminer sur cette petite phrase qui résume plutôt bien mon discours, jusqu’à présent : écrire c’est brûler vif, mais aussi renaître de ses cendres.

Sur ce, je vous dis à bientôt sur une autre planète imaginaire, ou dos à un tueur terrifiant qui a soif de sang….

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5 réflexions sur “Tribune Libre de Valentin Hoisnard

    • Je suis au regret de te dire que non ! Mais j’ai toujours voulu inventer mon propre petit monstre on va dire. J’espère que l’histoire t’as plu !
      Merci à toi pour la lecture de cette tribune.

      Bonne journée Anatole M

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